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(Suite à la saisie de livres interdits, le fils du célèbre médecin Gui Patin, Charles, a jugé plus prudent de s'enfuir. Un procès s'ensuit. Charles est condamné par contumace. Dans une lettre à son confrère Falconet, de Lyon, Gui Patin s'indigne et nous donne de précieuses indications sur l'état d'esprit d'un amateur d'ouvrages défendus face à la répression.) "[On dit] 3° que la plupart des juges ont reçu des lettres de cachet et de recommandation sur ce qu'on avait besoin d'un exemple. Mais à quoi peut servir cet exemple? Est-ce que tandis que les Hollandois et autres impriment des livres d'histoire, et principalement de la nôtre, dont les auteurs sont à Paris, on pourra ôter aux particuliers l'envie et la curiosité de lire ces nouveautés? 4° On allègue que c'est un homme de grand crédit [allusion à Colbert], qui était notre partie secrète, qui poussait à la roue et qui briguoit contre nous, parce qu'on a trouvé parmi ces livres quelques volumes du factum de M. Fouquet et de l'histoire de l'entreprise de Gigéri. Que ne punissent-ils donc les auteurs de ces livres? Que n'empêchent-ils l'impression en Hollande, ou que l'on n'en apporte en France? Tous ces livres et d'autres pareils ont été vendus à Paris par les libraires au Palais et à la rue Saint-Jacques. C'est faire venir l'envie de voir ces livres que l'on veut supprimer et cacher avec tant de rigueur. [...] On a nommé trois livres, savoir, un plein d'impiété; c'est un livre huguenot, intitulé: l'Anatomie de la Messe, par Pierre Dumoulin, ministre de Charenton; comme si l'inquisition étoit en France; c'est un livre de six sous. Paris est plein de tels livres, et il n'y a guère de bibliothèques où l'on n'en trouve et même chez les moines; il y a liberté de conscience en France, et les libraires en vendent tous les jours. Il est même permis à un homme de changer de religion et de se faire huguenot, s'il veut, et il ne sera pas permis à un homme d'étude d'avoir un livre de cette sorte, car il n'en avoit qu'un seul exemplaire. Le second étoit un livre, à ce qu'ils disent, contre le service du roi; c'est le Bouclier d'Etat qui s'est vendu dans le Palais publiquement, et auquel on imprime ici deux réponses. Le troisième est l'Histoire galante de la cour, qui sont de petits libelles plus dignes de mépris que de colère. Je pense que ces trois livres ne sont qu'un prétexte, et qu'il y a quelque partie secrète qui en veut à mon fils et qui est la cause de notre malheur." Gui Patin, Lettre du 7 mars 1668, n° 766 de l'édition Reveillé-Parise, 1846. |
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© Robert Netz-CRHL17