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Introduction au répertoire des libelles imprimés (1661-1715) |
En imposant, à l'extérieur, par la diplomatie et par la guerre, sa volonté aux peuples de l'Europe, en à l'intérieur son pouvoir absolu, du moins en théorie, notamment dans le domaine religieux avec la révocation de l'Edit de Nantes, Louis XIV suscite un mouvement d'opinion hostile, aux formes multiples, et à l'ampleur croissante au fil des années: articles dans la presse de Hollande, traités, mais surtout libelles, petits in-12 ou in-8 imprimés à la hâte, voyageant clandestinement depuis la Hollande, Bruxelles, Lyon ou Rouen, manuscrits et/ou imprimés, brefs pamphlets politiques de circonstance, "lettres" périodiques comme les fameuses "Lettres pastorales" de Pierre Jurieu, controverses mêlant théologie et contestation politique, ou "histoires" plus ou moins romancées attaquant les moeurs du roi et de son entourage. Dans le cadre du site du CHRL17 nous tentons d'en dresser le catalogue. Notre répertoire, fondé sur ceux de nos devanciers, les catalogues des grandes bibliothèques (désormais presque tous accessibles par Internet), les inventaires de saisies publiés (le modèle en ce domaine reste celui de Mme Sauvy), les dictionnaires (Moreri, Bayle, Haag...), les anciens historiens des lettres (Nicéron...), les correspondances (Patin...), n'est pas achevé. Le sera-t-il jamais? Mais une chose est sûre: seul Internet autorise la mise à disposition du public quasi immédiate d'un chantier de cette nature, chantier, il va sans dire, en permanente évolution (1). Notre espoir est que, malgré son caractère inachevé, il soit d'ores et déjà de quelque utilité aux historiens comme aux enseignants, aux curieux comme aux historiens du livre, aux collectionneurs comme aux libraires. Seuls les imprimés (2) ont été pris en compte dans notre répertoire. Son titre: "Livres interdits", choisi pour sa commodité, doit être expliqué: au XVIIe siècle, chaque livre doit, avant publication, avoir reçu un privilège royal, attribué sur recommandation d'un censeur attitré. Inutile de dire que la plupart des livres qui nous intéressent ici, sans avoir toujours été expressément "interdits" par l'autorité, sont parus clandestinement, donc sans privilège. Quand ils proviennent de l'étranger, ils sont censés être controlés, outre la surveillance douanière, par des professionnels appartenent à la communauté des libraires désignés à cet effet. Ce qui est loin d'être le cas pour tous. Ces multiples controles ne visaient d'ailleurs pas seulement à empêcher la circulation des "mauvais" livres mais aussi (avec le soutien actif des communautés de libraires...) celle des innombrables contrefaçons de livres ayant reçu un privilège. On comprend que l'on ait pu dire, sans exagération, qu'au XVIIe et surtout au XVIIIe siècle, le public qui lisait avait plus souvent entre les mains un livre "interdit" qu'un livre "permis"!
Anonymes, imprimés clandestinement non seulement à l'étranger mais aussi en France, et ceci malgré les risques encourus par les auteurs, libraires et relieurs, et aussi parfois par les lecteurs comme le montre l'histoire de Charles Patin, médecin et fils du célèbre Guy Patin (3), la plupart de ces écrits ont posé et posent aux historiens du livre (4) de redoutables problèmes (5). Identification des auteurs. Dans de nombreux cas, les auteurs ont soigneusement caché leur identité, niant même, lorsqu'on les en soupçonnait, avoir écrit tel ou tel ouvrage. Le cas de Bayle en est un exemple significatif. Cette dissimulation a été si efficace qu'aujourd'hui encore, la plupart des libelles qui figurent dans notre répertoire restent anonymes. Ils risquent de le rester, sauf hasard heureux. On nous permettra de citer celui qui nous a permis d'identifier, à partir d'une simple annotation, l'auteur du Moine sécularisé et de montrer que le fantômatique abbé Dupré, traditionnellement crédité, depuis Barbier (s'appuyant sur une note de Desmaizeaux), de cette satire contre les moines, n'était qu'un leurre mis sous le nez des censeurs et des bibliographes par son véritable auteur et ses complices... On peut ajouter que ce leurre continue parfois d'agir. C'est ainsi que certaines attributions hasardées il y a 150 ans par les grands bibliographes du XIXe siècle comme Brunet, Barbier ou Quérard continuent de circuler dans les travaux contemporains et les catalogues de librairies. On donnera ici, outre celui de l'abbé Dupré qu'on examine plus longuement par ailleurs, l'exemple de Courtilz de Sandras, étudié par Jean Lombard : malgré la thèse de ce dernier, on continue parfois d'attribuer à l'infatigable polygraphe divers ouvrages dont, selon son dernier biographe, il n'est pas l'auteur. Dans ces deux cas comme dans ceux où des travaux plus récents infirment leurs attributions, nous avons (avec toute la révérence due à d'illustres ancêtres dont l'ampleur des ouvrages continue de forcer l'admiration), rejeté celles de Brunet, de Barbier ou de Quérard...
Identification des libraires. Si l'on se penche sur le matériel et les techniques d'impression, la situation est encore pire. Pour échapper aux sanctions, les libraires et imprimeurs se dissimulaient derrière des adresses et des noms imaginaires, tel le célèbre Pierre Marteau... De même, ils se gardaient bien de laisser apparaître des ornements ou des marques qui auraient permis à la police, par comparaison avec des ouvrages avoués, de les identifier. On peut dire qu'ils ont réussi leur coup! Là aussi, il faut au bibliographe beaucoup de chance pour reconnaître dans une sphère de titre ou dans un cul-de-lampe, le matériel de tel ou tel atelier de Lyon, Rouen, Bruxelles, Amsterdam ou Genève. Certains grands bibliographes du passé, comme Weller ou Willems, ont très (trop?) largement crédité les presses hollandaises du plus grand nombre de ces ouvrages vendus sous le manteau. Faute de mieux, et quand des travaux récents, monographies ou bibliographies, ne sont pas venu infimer leurs conclusions, nous les avons suivis. Mode d'emploi du répertoire. Dans la liste de référence, les titres, abrégés, sont répertoriés selon l'ordre alphabétique. Les articles (le, la, les) sont rejetés à la fin. Ex. Jésuite démasqué, Le. Chaque titre de la liste renvoie à une notice ou fiche, organisée pour fournir au lecteur, historien, libraire, enseignant ou curieux, un maximum d'informations. Ces informations sont compilées de diverses sources. Chaque notice précise si nous avons pu avoir l'exemplaire en main, ou non. Les pages de titres sont affichées dans un petit format qui ne ralentit pas le chargement. On peut les agrandir en cliquant dessus. Les ornements, quand il y en a, sont signalés. On peut les afficher en cliquant sur le lien. Il va de soi que les lecteurs avertis repéreront vite erreurs et omissions. Nous souhaitons vivement qu'ils prennent la peine de nous les signaler. Robert Netz (1) On trouvera le signe bien connu
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Mise
à jour de cette page 15.05.2004 |
© Robert Netz-CRHL17